[Panorama de l’entrepreneuriat – Avril 2026] - un tissu économique sous tension, marqué par une forte accélération des radiations
Le mois d’avril 2026 confirme les grandes tendances observées depuis le début de l’année : une création d’entreprise qui résiste, mais un environnement économique toujours fragilisé, marqué par une hausse des défaillances et surtout une explosion des radiations.
Avec 58 100 immatriculations (+1,1 %), 5 592 entreprises en difficulté (+3,2 %) et 76 332 radiations (+143,2 %) par rapport à avril 2025, ce mois met en évidence un phénomène de rotation particulièrement intense du tissu entrepreneurial.
Dans le même temps, le nombre total d’entreprises actives en France continue de progresser.
Immatriculations : une dynamique toujours présente, portée par certains territoires et secteurs
La création d’entreprise reste globalement orientée à la hausse, mais à un rythme modéré. Cette progression masque toutefois des disparités territoriales marquées.
Certaines régions enregistrent une progression soutenue des immatriculations :
- Occitanie : +7,9 %
- Grand Est : +7,5 %
- Martinique : +28,5 %
- Mayotte : +62,9 %
Ces évolutions montrent que la dynamique entrepreneuriale demeure active sur une partie du territoire, y compris en outre-mer où les créations d’entreprises accélèrent fortement ce mois-ci.
Sur le plan des formes juridiques, les commerçants tirent la dynamique avec 22 164 immatriculations (+4,6 %), confirmant le rôle moteur des activités commerciales dans la création d’entreprise.
À l’inverse, les sociétés civiles immobilières (SCI) reculent (-3,1 %), dans un contexte de marché immobilier plus incertain et de conditions de financement plus contraignantes.
Des choix sectoriels révélateurs du contexte économique
L’analyse sectorielle met en évidence des arbitrages de plus en plus marqués chez les entrepreneurs.
Les activités d’information et communication enregistrent une forte progression (+31,3 %), traduisant l’essor des métiers du numérique, du conseil digital et des services liés à la transformation technologique des entreprises.
Les activités de services administratifs et de soutien progressent également (+11,5 %), portées par des besoins croissants d’externalisation et de flexibilité des organisations.
À l’inverse, plusieurs activités ralentissent fortement :
- Hébergement-restauration : -24 %
- Activités financières et d’assurance : -12,8 %
Ces secteurs restent confrontés à des coûts élevés et à des contraintes de financement plus importantes.
Radiations : une hausse exceptionnelle portée par les radiations d’office
Avec 76 332 entreprises radiées, le mois d’avril se distingue par une hausse importante (+143,2 % sur un an). Ce niveau particulièrement élevé marque une accélération brutale des radiations d’entreprises.
Des dynamiques sectorielles en forte évolution
Les radiations progressent fortement dans plusieurs secteurs, mais avec une configuration différente de celle observée les mois précédents.
Les hausses les plus marquées concernent :
- Transports et entreposage : +592,8 %
- Commerce et réparation automobile : +183,9 %
- Industrie manufacturière : +150,8 %
Contrairement au mois précédent, où les services et les activités intellectuelles étaient davantage concernés, ce sont ici des secteurs plus traditionnels et fortement exposés aux coûts (énergie, logistique, matières premières) qui enregistrent les plus fortes hausses.
Cette évolution illustre le caractère mouvant des tensions économiques, qui se diffusent progressivement d’un secteur à l’autre.
Une explosion des radiations d’office
L’analyse des motifs de radiation apporte un éclairage essentiel.
Les radiations d’office enregistrent une hausse exceptionnelle de +643 %, représentant une part majeure des sorties du mois.
Elles concernent en grande majorité les entrepreneurs individuels, avec 41 801 radiations d’office sur 49 665.
Ce phénomène s’explique par des opérations de mise à jour du registre, mais aussi par une accumulation de situations de non-conformité administrative (absence de dépôt de comptes, défaut de déclaration, inactivité prolongée).
Il traduit une fragilité structurelle d’une partie des petites entreprises, souvent plus vulnérables face aux obligations administratives et aux tensions économiques.
Les radiations suite à une procédure collective progressent également (+21,5 %, soit 13 544 cas). Cette hausse reflète l’augmentation des situations où la poursuite de l’activité devient impossible, malgré les dispositifs de prévention des difficultés mis à disposition des entrepreneurs.
À l’inverse, les radiations volontaires reculent légèrement (-3,4 %), signe que les cessations d’activité sont moins souvent anticipées et davantage subies.
Entreprises en difficulté : des fragilités toujours présentes
En avril 2026, 5 592 entreprises sont entrées en procédure collective, soit une hausse de +3,2 % sur un an.
Si la progression reste contenue, elle confirme une tendance de fond : les difficultés ne diminuent pas.
Des écarts territoriaux significatifs
Certaines régions connaissent une forte augmentation des défaillances, notamment :
- Bourgogne-Franche-Comté : +34,2 %
- Guyane : +73,3 %
- Nouvelle-Aquitaine : +12,8 %
À l’inverse, des reculs sont observés en :
- Corse : –26,8 %
- Centre-Val de Loire : –21,4 %
Ces écarts traduisent une géographie des difficultés hétérogène, dépendante des dynamiques économiques locales et de la structure des tissus entrepreneuriaux.
Des secteurs en tension et une évolution des procédures
Les ouvertures de procédures collectives progressent particulièrement dans :
- les activités de services administratifs et de soutien (+31,4 %)
- les activités immobilières (+23 %)
- les autres activités de services (+20,2 %)
À l’inverse, le commerce recule (-9,9 %), après avoir été fortement touché les mois précédents.
Sur le plan des procédures, les redressements judiciaires augmentent de +25 %, traduisant une volonté accrue de maintenir l’activité et de restructurer les entreprises.
En parallèle, les procédures de sauvegarde reculent (-8 %), ce qui peut indiquer une mobilisation encore insuffisante des dispositifs préventifs.
À noter également la forte progression des défaillances parmi les SCI (+68 %), directement liée aux tensions sur le marché immobilier et aux conditions de financement.
Conclusion : un tissu entrepreneurial dynamique, mais sous pression
Le mois d’avril 2026 met en lumière un paradoxe persistant :
la création d’entreprise se maintient, mais les sorties et les difficultés restent élevées.
La forte hausse des radiations, en particulier d’office, souligne l’importance des enjeux de conformité et de suivi administratif pour les entreprises.
Parallèlement, la progression des procédures collectives et des redressements judiciaires confirme que de nombreuses structures tentent encore de s’adapter à un environnement économique exigeant.
Dans ce contexte, le tissu entrepreneurial français demeure dynamique, mais évolue dans un cadre de plus en plus contraint, marqué par une rotation élevée et des fragilités diffuses.



